Décès

Le décès de sœur Pauline

C'est une grande partie de l'histoire du Guilvinec qui s'éteint

 Hier dans la matinée, la nouvelle s'est répandue au Guilvinec comme une traînée de poudre : • Soeur Pauline est morte.

Anne-Marie Guiomar (en religion Soeur Pauline de Jésus ) née le 24 mars 1875 à Plouec. dans les Côtes-du-Nord, d'une famille honorable qui a compte 17 enfants.

Soeur Pauline, c'est une grande partie de l'histoire du Guilvinec depuis prés de 74 ans. C'est en effet le 26 août 1897 que la toute jeune religieuse descendait d'une carriole tirée par un cheval et arrivait au Guilvinec. Elle avait pour mission d'y instaurer l'école des Sœurs qui devait être bâtie par l’abbé de Coataudon. Premier recteur du Guilvinec. En 1902. au moment de la séparation de l'Eglise et de l’Etat. Sœur Pauline dut s'exiler en Belgique où elle resta quelques mois. A son retour, c'était à nouveau Guilvinec. Là, nous laissons Quelqu'un qui l'a bien connue parler d'elle :

      A cette époque, il y eut disette et misère dans la région. Bien des foyers furent dans la peine. Il y eut de fréquents naufrages. C'est alors que fut créé le « Fourneau économique »ou In soupe populaire. M. de Coataudon. premier recteur de la paroisse, grâce à ses relations, trouva des bienfaiteurs pour le seconder.

      Mme Chancerelle, arrivée au Guilvinec le 24 Janvier 1903 a compassion de la misère de tous, elle dirige avec coeur son usine appelée - Usine Kergoat. Le fourneau économique y fonctionne Immédiatement et durant les années 1900-3 et 5. de 500 à 800 personnes sont admises au repas tous les jours.

      Les élèves de l école Ste-Anne ont le privilège des premières Intentions.

      On sourit à la • bonne soupe * et l'on attend le second plat avec Impatience. Chacun sait qu'il y aura du riz ou des haricots, ou encore du ragoût, ou même de la bouillie. Le bonheur des enfants est de retrouver là  pour les servir, leurs • soeurs * dont Sœur Pauline, leurs anciennes, qu'ils ne peuvent plus voir dans les classes

      En 1903 la pèche tut absolument nulle et bientôt ce fut sur toute la côte avoisinante la détresse et la famine.  Alors, résolument. Soeur Pauline dit    • J'irai et |e les soulagerai -

      Elle est allée, oui. Jusqu'à Paris même trouver la comtesse de Demas. Toutes deux, de concert, avalent des méthodes de travail efficaces.

      Elle. Saur Pauline, • avait  créé, Instauré au Guilvinec. à Léchiagal, à Lesconil, à Penmarch cette bienfaisante Industrie de la dentelle d'Irlande (dit le • picot •) qui non seulement a conjuré ta famine de 1903, mais qui depuis plus de 60 ans assure encore une partie de la subsistance de beaucoup de familles de la région. Combien de   millions   a-t-elle  procuré aux pauvres ? Impossible de le savoir. Le bien a été fait malgré les conditions de vie pénible. La salle de travail à l'époque était précaire. Une simple cabane de planches, sombre et mal aérée Sœur Pauline fut autorisée à prendre la garderie où les petits affluaient Puis elle devint la directrice de l'école enfantine, • la salle d'asile* comme on l'appelait à l'époque. Elle fit merveille parmi ses petite élèves et ce jusqu’à la quatrième génération.

      En 1956 Sœur Pauline avait été nommée  chevalier dans l’ordre national de la Santé Publique. Cette décoration lui avait été remise par M. Monteil, alors député- maire de Quimper.

      Depuis quelques années, Sœur Pauline séjournait à Auray, dans la maison de retraite des filles su Saint Esprit. Elle avait exprimé le désir de finir ses jours au Guilvinec. Cette dernière volonté fut respectée et c’est à l’école Saint Anne qu’elle s’est éteinte hier matin, là où elle avait pratiquement passé toute sa vie. Durant tout l’après midi d’hier, ce fut un continuel défilé empreint de recueillement devant la dépouille de Sœur Pauline. A une vieille Bigoudène, nous avons posé la question : « Vous avez bien connu Sœur Pauline ? « « La réponse devait tout dire : «  Oh ! Monsieur, j’ai 84 ans et Sœur Pauline m’a fait l’école ».

      Les obsèques de Sœur Pauline de Jésus seront célébrées aujourd’hui à 15 h en l’église du Guilvinec.

 Le Télégramme – 17 juillet 1971

 

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